Des fleurs pour l’Amérique

Edith Mukakayumba, ph.D. et Jules Lamarre, Ph.D.

La Maison de la géographie de Montréal

www.cafesgeographiques.ca

 

Nous sommes dimanche, le 17 janvier 2009. Le compte à rebours a commencé. Des foules multicolores affluent de partout dans le monde et s’installent déjà dans la ville de Washington, notamment aux alentours de la Maison Blanche, transformées en bunker. Chaque individu et chaque groupe de ces masses en mouvement ne veut rien manquer, ou presque, des cérémonies inaugurales du  44e président des États-Unis d’Amérique, Barack Obama. De Washington, de nos salons, de nos cuisines, de nos chambres à coucher, ou d’autres lieux, nous vivons collectivement les quelques heures qui nous séparent de ce 20 janvier, une sorte de trêve, comme dans un rêve qu’on voudrait éternel.

Plusieurs d’entre nous aimeraient tout oublier pour un temps et ne penser qu’à ce moment magique, le fixer dans nos mémoires, individuelles et collectives, l’immortaliser. Une question que peu d’entre nous se posent demeure cependant : qu’est ce que nous célébrons au juste? Plus exactement, qu’est-ce qui nous excite de plus que l’érection d’un individu, si talentueux soit-il, à un poste de président d’un État, si puissant soit-il?

Les réponses varient naturellement en fonction d’un ensemble de facteurs, des lieux et des moments. De plus, il est important de ne pas oublier qu’en ce moment, tout le monde n’a pas le cœur à la fête. C’est la raison pour laquelle, avant et pendant les célébrations, chacun d’entre nous devrait avoir une pensée spéciale pour nos frères et sœurs, partout dans le monde, qui luttent pour leur survie dans des conditions particulièrement hostiles. Nous pensons plus particulièrement ici aux victimes anonymes des conflits armés, des massacres de masse et des génocides, ainsi qu’à tous ceux et celles qui souffrent et meurent dans la misère et l’indifférence qui frisent l’absurde. Les Palestiniens, victimes sans défense qui périssent sous les bombes israéliennes. Des Israéliens, victimes des roquettes du Hamas. Des militaires engagés sur moult champs de batailles qui, dans bien des cas, savent à peine ou ne savent pas pourquoi et pour qui ils se battent. Des journalistes, des médecins, des agents d’aide humanitaire, … qui, refusant de déposer leurs armes, demeurent aux côtés des laissés-pour-compte, et continuent de témoigner de leur douleur, au périr de leur vie. De tous ceux et de toutes celles qui n’intéressent guère nos mass médias. Le lendemain du 20 janvier, c’est vers ces frères et sœurs que nous devrions réorienter nos pensées et c’est en leur faveur que nous devrions plaider auprès du nouveau président des États-Unis d’Amérique, ainsi qu’à tous ceux et à toutes celles qui célèbrent aujourd’hui sa victoire. De cette façon, nous partagerons ou aurons l’impression de partager avec eux le plaisir de vivre ce rêve collectif et d’être, aussi bien des témoins privilégiés que des acteurs dynamiques de cette magnifique page de notre histoire, en train de s’écrire au présent.

Un rêve collectif qui se confond avec la réalité. Voilà la phrase qui résume à notre avis l’objet de notre célébration. Plusieurs parlent du rêve américain. Un rêve en train de renaître. Mais tous ceux qui célèbrent ne sont pas des citoyens américains. Que célèbrent-ils alors?

Pour nous, Canadiens et Nord Américains, nous célébrons certes le changement d’humeur du géant qui est notre voisin, entrain de se réveiller d’une nuit troublée de songes cauchemardesques. Nous savourons dans l’allégresse la fraicheur d’une brise légère, agréablement parfumée, qui souffle du sud de nos frontières et arrose notre territoire. Nous célébrons l’espoir d’être les premiers à profiter de cette fraicheur, d’autant plus que nous seront les premiers à recevoir la visite du nouveau Président.

Outre ces évidences dont la conscience qu’en ont les Voisins du Nord du 49e parallèle commence à s’exprimer par des projets spontanés dont les plus médiatisés (voir Corcoran, 2009 et Parisella, 2009) et ceux réalisées dans l’anonymat (voir Yes we can Canada/le pouvoir de réussir nous appartient, 2009), nous célébrons l’optimisme et l’espoir retrouvés et devenus, pour le monde entier, le ciment qui servira à la reconstruction de nos sociétés et de nos territoires sur des bases solides. Cet optimisme et cet espoir reposent sur un ensemble d’éléments, dont les sept suivants, puisés d’une synthèse de l’information que nous proposent les mass médias et de la lecture d’Obama (2006) :

  • la joie et le bonheur engendrés par une bonne nouvelle qui émerge d’un océan de mauvaises nouvelles.
  • l’émergence et la mise en évidence d’un modèle qui incarne l’espoir et impose le respect, un modèle rassurant et gagnant pour des générations.
  • Le retour du bon sens au pouvoir et de la mise entre parenthèses, ne fût ce que pour un temps, du cynisme envers la politique et les politiciens.
  • la reconnaissance de la valeur, de la richesse, de la beauté, et du mérite du monde ordinaire.
  • la preuve que la résignation et le cynisme ne sont pas les seules options valables en contexte de crises.
  • le goût de l’amitié retrouvée entre les peuples et les civilisations.
  • l’amorce du processus de reconstruction de nos sociétés et de nos territoires sur des bases solides, c'est-à-dire sur des valeurs sûres tels que la liberté, le respect de soi-même et des autres, l’empathie, la solidarité, le respect de notre environnement, le sens du devoir, …  

Cette célébration dans l’allégresse, c’est d’abord au peuple américain que nous la devons. Ce peuple qui, dit-on, est capable du meilleur et du pire, et qui, cette fois-ci, a choisi le meilleur, qu’il nous a offert en partage. Témoigner de notre reconnaissance à ce peuple et à son pays, c’est en quelque sorte une manière de leur renvoyer l’ascenseur et de les remercier pour le magnifique cadeau qu’ils nous ont offert, en faisant de Barack Obama, leur 44e président. C’est la raison pour laquelle nous devons leur envoyer des fleurs par milliards!

Et si un jour la réalité nous rattrape, et nous sorte de notre magnifique rêve, nous garderons de l’histoire, tout comme de la culture qu’elle construit, « ce qui reste quand on a tout oublié » et qui nous sert de repère pour nous remettre sur pied.

 

Références citées

CORCORAN, Jim (2009), « Des chansons pour Obama! » Radio canada, Première chaine, http://www.radio-canada.ca/radio/christiane/modele-document.asp?docnumero=71671&numero=1880, visité le 18 janvier 2009.

OBAMA, Barack (2007), L’audace d’espérer. Une nouvelle conception de la politique américaine, Presses de la Cité, pour la traduction française.

PARISELLA, John (2009), « Join the Wave », http://www.radio-canada.ca/radio/christiane/modele-document.asp?docnumero=72174&numero=1880, visité le 18 janvier 2009.

YES WE CAN CANADA/LE POUVOIR DE RÉUSSIR NOUS APPARTIENT (2009), Célébration de l’assermentation de Barack Obama, 44e Président des États-Unis d’Amérique. invitation, www.cafesgeographiques.ca





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